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Collège d’enseignement général de Dapouri : Quatre ans d’existence, toujours pas de bâtiments officiels

mardi 17 octobre 2017

Le village de Dapouri dans la commune rurale de Kayao (province du Bazèga, région du Centre-Sud), grâce au continuum, s’est vu attribuer depuis 2014 un Collège d’enseignement général (CEG). Malheureusement, la joie d’avoir un établissement à proximité des concessions s’est transformée en un calvaire, sinon en un chemin de croix plein de pics pour les parents d’élèves.

Collège d’enseignement général de Dapouri : Quatre ans d’existence, toujours pas de bâtiments officiels

« Nous sommes 39 dans la classe. Les élèves de la 6ème n’ont pas de classe, on n’a pas assez de tables-bancs, on se débrouille dans la classe. Certains dans notre classe sont assis trois trois, d’autres quatre quatre. On n’a pas assez d’enseignants. On n’a pas de livres ». C’est en ces termes que nous sommes accueillis par l’élève en classe de 3ème au Collège d’enseignement général (CEG) de Dapouri, Cécile Bingo, dans la soirée du lundi 9 octobre 2017. Ce qui est décrit par cette innocente voix, résume parfaitement la situation que vivent les élèves dans cet établissement depuis quatre ans maintenant. Tout comme eux, leurs parents, ont vu leur rêve virer au cauchemar.

33 tables-bancs pour 290 élèves

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Les élèves attendent impatiemment la venue réelle du CEG

Ecole de l’Etat burkinabè, le CEG de Dapouri existe officiellement sur les papiers, mais pas sur le terrain. Aucun bâtiment n’est encore implanté sur le site du Collège désigné de commun accord par les villageois. Avec 290 élèves pour cette rentrée scolaire, l’établissement pour fonctionner, a dû faire recours aux bâtiments d’une association, du centre d’alphabétisation et de l’église des Assemblées de Dieu. Des salles d’emprunt qui laissent à désirer, en plus de ne pas être adaptées. L’école compte en tout 33 tables-bancs, dont la majorité est confectionnée localement. Pas de bibliothèque ici, pas non plus de logements pour les enseignants. Comme personnel, le CEG dispose d’un directeur, d’une Conseillère d’éducation et de deux enseignants permanents (Math/SVT et Français/Anglais). Ce sont des vacataires qui dispensent les autres cours.

Yacouba Ilboudo, enseignant de Mathématiques et de Sciences de la vie et de la terre, trouve qu’il est difficile, sinon impossible de faire de bons résultats dans ces conditions de vie et de travail. « L’établissement n’a pas de site. Ils l’ont choisi, mais il n’est pas encore construit. La classe de 5e est logée dans une vielle église qui n’a ni porte, ni fenêtres. On est là pour aider les élèves, mais face à ces conditions c’est compliqué de travailler dans cet état », nous confie-t-il. Le directeur du CEG, Aboubacar Nikièma, absent pour raison de service, c’est Siméon Bingo, président du Conseil villageois de développement (CVD) de Dapouri et trésorier de l’Association des parents d’élèves (APE) du CEG qui nous fait faire le tour du propriétaire.

L’effort de la population

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Siméon Bingo, président CVD de Dapouri

Après la visite des classes de 3ème et de 4ème, ainsi que de ce qui fait office de bureau pour le Directeur et sa Conseillère d’éducation (qui sont dans un état piteux), direction le terrain destiné à l’implantation du CEG. Sur les lieux, nous y constatons la disposition d’une centaine de briques et des tas d’agrégats. Bonne nouvelle, alors, l’Etat a déjà fait un pas en envoyant cela ? Non, loin de là. Le trésorier APE, explique que tout ce que nous voyons est le fruit du sacrifice de la population de Dapouri. Des cotisations ont été instituées afin de remédier à cette triste situation. « Nous sommes dans le besoin pour parachever ce que nous avons entamé en attendant que l’Etat vienne à notre secours », lance-t-il.

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La classe de 5ème du CEG de Dapouri

Du terrain qui doit abriter le CEG, direction la salle de classe de 5ème, située à environ 2 km des classes de 3ème et de 4ème. C’est un bâtiment en lambeaux emprunté à l’église des Assemblées de Dieu qui fait office de salle de cours que nous montre le parent d’élève Bingo. Pas besoin d’être un technicien du bâtiment pour s’apercevoir que la bâtisse à traversé au moins deux décennies au moins. A vue d’œil, l’on sent que cette classe de fortune faite de briques en terre croule sous le poids de l’âge. Les murs sont fissurés et les chevrons de la toiture attaqués par les termites, font que certains redoutent que le bâtiment s’écroule sur les enfants d’un moment à l’autre. Pour le président CVD, les parents savent que le bâtiment n’est pas en état, mais ils n’ont pas d’autre choix que de faire avec les moyens de bord.

95 élèves dans la nature

Cette étape finie, nous demandons au parent d’élève, où se situe alors la classe de 6ème. « On n’a pas de salle », lance-t-il, avant de poursuivre en ces termes : « je ne sais pas comment nous allons faire avec ces élèves-là ». Ces élèves au nombre 95, depuis la rentrée des classes, sont toujours en vacances malgré eux. Que faire pour ne pas perdre l’année ? Les parents d’élèves sont partagés entre faire recours à une paillote, ce qui n’est pas du goût de tous, ou chercher un autre bâtiment d’emprunt. Mais où avoir ce bâtiment.

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Jean-Gustave Peuzingo, 2e adjoint au maire de la commune de Kayao, chargé de l’éducation

Du côté de l’autorité communale, la solution n’est pas toute trouvée, car l’on crie « aux caisses vides ». Selon le 2e adjoint au maire, chargé de l’Education, Jean – Gustave Peuzingo, est un problème qui ne date pas d’aujourd’hui. La Transition politique qui s’est installée, suite à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 est venue constater le cas du CEG et a programmé deux classes. « Mais malheureusement, quand ils ont lancé le marché de construction, d’autres ont attaqué. Et lorsque le nouveau gouvernement est arrivé, ils ont omis », relate-t-il. Ce n’est donc que tout récemment que le marché est passé en conseil des ministres. Il reconnait que le problème est crucial, mais, la mairie de Kayao manque de moyens pour venir en aide aux élèves en attendant l’effectivité de la construction des bâtiments. « Même les tables-bancs pour faire asseoir les enfants, c’est un problème », s’offusque-t-il.

Par l’entremise d’une ONG, la commune a pu obtenir quatre salles de classe pour le CEG de Dapouri. Egalement, grâce à un natif du village, une autre organisation doit réaliser quatre salles, un bâtiment administratif et un forage pour le village. Mais, en attendant le réel début des travaux, une partie des élèvent suivent les cours dans un bâtiment qui risque de s’écrouler sur eux et d’autres errent toujours dans la nature en espérant une solution rapide, au risque de perdre une année scolaire.

Marcus Kouaman
Lefaso.net

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